
© Jip, 2002
Cette aquarelle représente un Zugzwang, une situation ambivalente, dont les deux sens en apparence identiques sont en réalité opposés de par un élément caché invisible. Un couple de situations radicalement différentes et d'apparence similaire ou identique.
On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
Antoine de St-Exupéry dans Le petit prince
16/08/2002. Je peins cette aquarelle lors d'un stage d'énergétique en Gaume. Sur les bords ensoleillés de la Semois, assis dans l'herbe, je ralentis et approfondis ma respiration, fermant les yeux, concentré sur l'ici et maintenant, vidant ma conscience,
laissant y venir les images inconscientes qui me viennent, sans les juger,
sans les craindre.
A ma conscience s'impose l'image de cette aquarelle : une grande lumière
froide, mi-solaire/mi-divine, presque aveuglante, illuminant un espace
de nature ouvert au ciel, promesse d'un bonheur merveilleux. Je sens que
cet espace est proche, mais il ne m'englobe pas ; il est situé de
l'autre côté d'un portail marquant la sortie d'un long tunnel sombre.
D'après Jean-Jacques Crèvecoeur, le premier traumatisme de l'individu est son accouchement, incrustant en lui la marque de cette incarnation et laissant au plus profond de l'inconscient les peurs névrotiques de l'incarnation au quotidien. Personnellement, je ne peux m'empêcher de reconnaître dans ce portail la forme de la porte de Vie, vraisemblablement dépeint ici du Hall Intérieur. Image inconsciente des premiers instants de la vie ? Dans son livre, pp 239-241, Jean-Jacques Crèvecoeur décrit l'accouchement par la métaphore d'un "voyage imaginaire", si similaire à la description précitée ... ! Sans même parler de la similitude inconsciente avec le titre intrinsèque de l'aquarelle !
Dans ce tunnel sombre, le voyageur avance péniblement, avec une inexpliquée appréhension et la sensation
qu'il n'arrivera jamais au bout de ce chemin qu lui semble étrangement
si difficile. Déjà, les personnes qui l'accompagnaient jusqu'alors se sont
détournées, ont rebroussé chemin, le laissant seul face à cette destination
qu'il a manifestement choisie avec détermination. D'instinct. Même s'il
ne fait pas facilement confiance à son intuition, qu'il ne sait pas ce
qu'il y trouvera, qu'il appréhende cette découverte. Et pourtant, c'est
cette intuition qui guide ses pas. pas après pas. Pas. Pas. Pas-pas. Papa ...
Soudain, une idée lui apparaît : et si la destination de ce voyage
était ... le point de départ ? (Cube, Madmax III Over The Thunderdome,
Ulysse's Odyssea) Et si ce voyageur rentrait sans le savoir chez lui ? Peut-être s'est-il perdu en route, a-t-il été déboussolé par la
foule, revenant ainsi sur ses pas sans s'en rendre compte. Peut-être était-il
parti de chez lui parce qu'il ne pouvait défendre son territoire piétiné
par les personnes intéressées par sa valeur. Peut-être ces personnes sont-elles
parties avec lui. Puis se sont détournées de ce personnage désincarné.
Peut-être fuit-il à présent des ombres qui ne le poursuivent plus.
Sur le chemin inconscient du retour, seul au bout du compte, il découvre
ce territoire personnel vierge de toute trace de pas, disparues comme dans
le sable balayé par le vent. Le vent du changement. Dans ce coin de désert oublié, les ombres ont perdu leur pouvoir. Il
y retrouve son espace personnel, dépose ses bagages, marquant la fin de
son voyage, il retrouve son chez lui, et s'y sent enfin ... chez lui !