Inceste


© Jip, 2001

Considérations. Il y a inceste dès qu'un parent use de son pouvoir pour envahir le territoire de l'enfant. Invasion du territoire physique ou affectif, étant entendu que les deux vont souvent de pair. Les notions de parent et d'enfant peuvent s'entendre aussi bien au sens propre qu'au sens figuré, aux rôles assimilés, consciemment, involontairement, ou non.

Le dessin est constitué de cinq éléments séquentiels :

  1. Le pied. Né de la beauté de la courbe arbitraire, le contour de son empreinte symbolise la personalité. L'absence des orteils représente l'état d'enfance.
  2. Le soleil représente la figure parentale à l'apparence rayonnante. Si celle-ci lui semble intrinsèque et nourrie d'une énergie propre, la source de sa lumière est cette enclave dans la personalité dès lors aliénée et spoliée de l'enfant.
  3. Le sang coule de la tragique blessure causée à l'enfant, à la frontière de l'empreinte laissée par le parent.
  4. Le feu, alimenté par le sang de la blessure, brûle du désir de violence refoulée. L'énergie d'agressivité contenue se dégage a posteriori à l'égard de toute représentation rappelant le passé.
  5. La fêlure scinde la personalité de l'enfant en deux et consacre sa fragilité ensevelie. L'ambivalence qui en résulte se rejoue régulièrement dans sa vie future, en particulier dans ses relations amoureuses.

Leurs relations sont marquées par l'ambivalence. [...] Alors qu'ils souhaitent ardemment que quelqu'un s'approche d'eux et puisse les guérir par l'accueil et la chaleur, ils ne peuvent laisser entrer personne dans leur intimité car cela signifie laisser fondre la glace [...]. Malgré eux ils lèveront toutes les résistances possibles pour s'opposer à la tendresse et la compréhension. Ils détesteront tous ceux et celles qui désirent s'approcher d'eux pour leur offrir de l'amour tout en souhaitant secrètement, de toutes leurs forces, qu'ils persévèrent suffisamment pour arriver à percer la carapace de leur insensibilité.

Guy Corneau dans "N'y a-t-il pas d'amour heureux ?"


Je dédie cette oeuvre aux victimes d'inceste, quelqu'en soit la forme. Puissent-elles recevoir la compassion qui leur est due. Puisse ce dessin offrir la douceur des mots d'Alice Miller. Puisse la vision du film Festen de Thomas Vinterberg ouvrir des portes de conscience.

Jip, The Jip Cyber Gallery