Il y avait toutes ces mains qui s'activaient dans le vide. Chacune cherchait un partenaire. Une paire de mains partenaires. Je les sentais tout autour de moi, même sans les toucher. A tâtons, mes mains en rencontraient d'autres. Beaucoup d'autres. J'en cherchais qui me plaisaient. A qui je plairais. J'avais si peur que ça n'arrive pas. Que j'en trouverais qui me voudraient mais que je ne voudrais pas. Que j'en trouverais que je voudrais mais qui ne me voudraient pas. Que je n'en trouverais plus. Que je resterais seul. J'avais peur de cette impasse du fin fond de la solitude.
Mais l'heure était à la fébrilité. C'était le grand marché des mains. Toutes se considéraient, se palpaient, s'observaient, s'évaluaient, se jugeaient. Elles couraient dans tous les sens. Certaines se choisissaient déjà. Mon Dieu, comme j'aurais voulu être de celles-là. Je pensais qu'elles avaient de la chance. J'avais refusé des mains. D'autres m'avaient refusé. Peut-être voyaient-elles dans mon indécision un refus et pour ne pas se retrouver seules repartaient au plus vite vers plus d'engagement. Je commençais à ressentir l'angoisse du vide et de l'abandon. Je me sentais seul et laissé pour compte. Je m'en voulais déjà de n'avoir pas choisi, de n'avoir pas compromis mon désir. Et je pensais qu'au-delà de mes mains refusées, je ne valais rien. Mes démons me dévoraient, moi victime fragile au plus mal, proie facile.
Puis j'ai rencontré ces mains. Rassurantes. Douces. Avant que j'aie pu me rendre compte que je les désirais, elles m'avaient choisi. Elles s'étaient agrippées aux miennes pour me montrer leur désir. Elles avaient choisi pour moi. J'aurais pu les rejeter, elles et leur conviction. J'aurais pu repartir vers la solitude, à la recherche d'autres mains. J'aurais pu me retrouver face à mes peurs. Mais déjà je n'y pensais plus. J'avais accepté ces mains. Je ne les avais pas choisies mais elles me convenaient. Je n'avais pas d'autres questions à me poser. Pas d'engagement à prendre pour deux. Seulement pour moi. Je pense que si je ne les avais pas aimées, je les aurais rejetées malgré moi. Oui, aujourd'hui je sais qu'elles me plaisaient. Dans leur toucher autant que dans leurs intentions. J'aimais ce contact charnel si neutre. Elles m'avaient choisi pour ce que j'étais, rien de plus. Elles m'acceptaient comme j'étais. J'aimais ce contact. Je l'aimais.
Pendant ces quelques battements de coeur, j'ai savouré plus que jamais le bonheur de la rencontre nouvelle ...
J'ai touché à l'essence même de l'Amour.