Je vais vous raconter une aventure. Une aventure de deux semaines. Ca se passe dans le désert. C'est une histoire de gens. Des gens avec des gens ...
Un jour, lors d'un de mes nombreux stages de massage, j'ai rencontré Florence. Florence ... comment vous la décrire ? Ah, je sais, je vais vous montrer une photo :

Florence
Si je devais brièvement décrire Florence avec des mots, je dirais que c'est "quelqu'un qui donne envie de mordre dans la vie".
Au hasard d'une conversation, nous avons été amené à parler ensemble du désert. Ses paroles devaient ressembler à ceci : "Ooooh, le désert, j'y suis allé l'année passée, et c'était, ooooh, merveilleux, une expérience inoubliable ! D'ailleurs j'y retourne à la fin de l'année ...". Je lui ai parlé de mon ardent désir d'aller un jour dans le désert. On s'est dit que ça serait bien d'y aller ensemble, et on s'est promis de se recontacter.
Etrange rencontre que celle-ci. Nous nous connaissons de deux journées et nous voila en train de nourrir des projets de voyage ensemble. Dans l'absolu, combien ce genre de projet a de chances de succès ?
Probablement aucune. Mais c'est ça aussi le massage tel qu'on le pratique, c'est la rencontre vraie, profonde, pas besoin de beaucoup de mots. Comme disait Saint-Exupéry dans Le petit prince, les mots sont parfois plus des sources de malentendus qu'autre chose ...
En quelques conversations téléphoniques, Florence m'explique le principe du projet : 1 semaine de randonnée chamelière et 1 semaine de visite du pays. Ensuite elle me met en contact avec l'organisateur : Michel Laloux. Michel ... comment vous le décrire ? Ah, je sais, je vais vous montrer une photo :

Michel
Nous avons échangé quelques e-mails. Nous nous sommes à peine parlé. Je ne sais pourquoi, moi qui suis si méfiant d'habitude, qui contrôle tout de manière presque obsessionnelle, avec Michel je me suis senti rapidement en confiance. Si je devais brièvement décrire Michel avec des mots, je dirais que c'est "quelqu'un qui inspire confiance".
Michel m'envoie tour à tour :
Avant le départ, j'ai seulement rencontré Michel. Je n'ai pas rencontré les autres. "Pas le temps" comme on dit. Tout ce que je sais c'est pour la randonnée nous serons sept : deux médecins, un infirmier, une kiné, deux masseurs, et une téléphoniste. Un hopital itinérant :-)
A l'approche de ce voyage, comme à l'approche du précédent, ça ne rate pas : j'ai une rage de dents. Heureusement j'ai un bon dentiste, qui malgré l'urgence me sauve la mise, cette fois encore. A l'instar de Guy Corneau, je pense que les maladies ont un sens. En l'occurrence je crois que c'est la peur : peur de l'avion, peur de l'inconnu, peur des inconnus, etc.
Le samedi 10 janvier 2004 à 14 heures, je claque la porte de mon appartement. Ciao. C'est parti. J'ai mon sac de voyages sur l'épaule. Chaque pas m'éloigne de chez moi. Dans ma tête je repasse rapidement la liste des choses indispensables à la vie. J'espère avoir bouclé tout le nécessaire ... MERDE !!! J'ai oublié de prendre un peigne !! :-)
Pour ce voyage-ci, je suis parti moins à la bourre que d'habitude. Il faut dire que la liste d'équipement envoyée par l'organisateur était très complète. Et mes affaires s'entassent depuis 3 semaines. Il ne m'a donc fallu que les bourrer dans le sac :-)
Sur mon dos mon sac de voyage est lourd. La limite imposée pour ce voyage est de 13 kilos. J'espère que je suis en-deçà. Je n'ai pas de pèse-personne à la maison. Vous savez ? Ce sympathique accessoire qui nous dit qu'on a grossi de 2 kilos au retour d'un week-end gastronomique ...
Me voici en gare de Bruxelles. Je prends le train en direction de Namur, où réside le reste du groupe. Assis confortablement, bercé par le ronron du train, j'écris quelques lignes dans mon carnet de voyages, les premières d'un long récit. Je me rends compte que je pars pour deux semaines au milieu de nulle part avec un groupe dans lequel je ne connais pour ainsi dire personne. J'ai peur. Je prends conscience de mes besoins d'intégration de groupe, de sécurité affective. Que va-t-il se passer ? Le haut-parleur du wagon répond en quelque sorte à mes pensées : "Nous arrivons en gare de Namur" ...
A partir de là tout va très vite pour moi. A la sortie de la gare je suis accueilli par Michel Laloux, qui me présente Jacques, qui appelle Florence sur son GSM, qui arrive en voiture avec Michel son mari, qui nous entasse dans sa Mercedes, qui nous conduit dans un village, où nous entrons dans la maison de Danielle, dans la voiture de laquelle nous déchargeons les sacs, et avec laquelle nous partons vers l'aéroport de Paris. Ouf. Résumons-nous : nous avons pris congé de Jacques, de Michel le mari de Florence, de la fille de Danielle, et de Namur. Restent : Florence, Michel Laloux, Danielle, sa voiture, et l'autoroute de Paris. Ouf. Cette configuration ne devrait plus changer pendant 300 kilomètres. Soit environ 3 heures. Ouf.
Bonjour Danielle. Je suis heureux de faire ta connaissance. Danielle ... comment vous la décrire ? Ah, je sais, je vais vous montrer une photo :

Danielle
Si je devais brièvement décrire Danielle avec des mots, je dirais que Danielle est médecin. J'aimerais pouvoir vous montrer la photo de son permis de conduire, mais je doute qu'après mon coup d'oeil inquisiteur quiconque y ait plus jamais accès ;-)
Arrivés à Paris, nous logeons dans un Etap'hotel à deux pas de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Michel Laloux me fait une injection-rappel de vaccin contre l'hépatite A. Dans le vestibule de l'hotel, nous retrouvons l'autre moitié du groupe : Françoise, Pierre, et Nadou. Nous allons tous ensemble dîner des grillades chez Courtepaille. Ensuite nous nous mettons au lit pour une courte nuit. Réveil à 3 heures du matin. Dur dur ... Douche. Taxi. Aéroport. Avion.

Et nous voici survolant la France, l'Espagne, la mer méditerrannée, le Maroc, et enfin la Mauritanie ... nous atterrissons en plein centre du pays, à Atar.
A la sortie de l'avion nous sommes aveuglés par la lumière d'un soleil magnifique. Autour de nous les couleurs vont du jaune brillant au bleu ciel.

Sur le tarmac nous sommes escortés par une bande de Mauritaniens en djellabah bleu et blanc qui nous souhaitent la bienvenue. Premier signe de l'hospitalité du pays.
A la récupération des bagages c'est plus dur : nous sommes interpelés vivement par une bande de moustachus surexcités, qui nous ordonnent de "changer nos euros au change officiel". Il faut savoir que pour le touriste européen qui débarque, le change officiel est 30% moins intéressant que le change au noir. Ce qui explique la véhémence des changeurs. Ce qui est trompeur, c'est que ces changeurs se donnent une aura d'officialité, brandissant des pancartes "change officiel", dans un lieu officiel qu'est la zone de récupération des bagages. Il nous faut nous frayer un chemin pour passer.
Dans le hall de l'aéroport nous somme accueillis par notre guide Moulay. Moulay ... comment vous le décrire ? Ah, je sais, je vais vous montrer une photo :

Moulay
Si je devais brièvement décrire Moulay avec des mots, je dirais que Moulay est un guide du désert. A peine arrivés, il fait le point sur l'itinéraire prévu et propose de réorganiser l'ordre du parcours afin qu'il nous soit plus agréable. Une fois l'amendement conclu, nous embarquons dans deux 4x4 déglingués, qui nous transportent jusqu'à une auberge 500 mètres plus loin.

Moulay nous installe dans la cour de l'auberge et nous propose de nous asseoir. Mais nous voulons tout de suite partir à l'aventure : "Alors ? C'est par où ? Quand est-ce qu'on y va ? Qu'est-ce qu'on attend ?!!!" Moulay nous suggère de nous adapter derechef au rythme africain et nous confisque nos montres. Au moins, ça nous fait cesser de courir après le temps. On s'installe, on attend, on ralentit ...
Moulay revient avec deux solides 4x4 dans lesquels nous prenons place. Nous faisons quelques kilomètres à travers la plaine et nous nous arrêtons à l'ombre d'un acacia.

L'assistant-guide nous offre des petits biscuits, des graines d'arachide, et nous prépare le thé. Il nous initie à la cérémonie du thé, un rituel important chez les Mauritaniens, qui a pour but de permettre aux gens qui se rencontrent de "prendre le temps pour être l'un avec l'autre". Le thé se prépare 3 fois de suite, et se prend du plus amer au plus sucré. Ainsi le premier est "fort comme la vie", le deuxième est "doux comme l'Amour", et le troisième est "suave comme la mort". Il faut avoir goûté à cette cérémonie autant qu'à la vie pour en comprendre tout le sens. Jolie métaphore ...
Nadou partage avec nous jambon et boudin importés. Nadou ... comment vous la décrire ? Ah, je sais, je vais vous montrer une photo :

Nadou
Si je devais brièvement décrire Nadou avec des mots, je dirais que Nadou est un grand coeur.
A la fin de la pause on remonte dans les 4x4 et on repart à travers la plaine, le long d'une piste de 4x4 cahoteuse. Après quelques minutes de route, sur le bord du chemin une jeune femme habillée d'une djelabbah turquoise nous lance des pierres. Pourquoi ?? Pas le temps pour une réponse, le chauffeur du 4x4 pile sur les freins à bonne distance, recule, et sort de la route pour contourner "l'obstacle". La princesse turquoise nous poursuit en lançant ses pierres. Une d'elles frôle le 4x4 de justesse. On l'a échappé belle ! Une fois hors de portée des jets de pierre, nous revenons sur la route, nous demandant toujours pourquoi cette jeune fille nous a lancé des pierres !? Nous demandons au chauffeur, qui rigole et nous dit qu'il ne sait pas. Un peu plus loin, nous reposons la question au chauffeur de l'autre 4x4. Il rigole aussi et nous dit qu'elle est folle ...

Nous arrivons au pied d'une montagne, le point culminant du massif de l'Adrar. Nous nous arrêtons à l'ombre d'un acacia pour le déjeuner. Au pied de l'arbre nous étalons une nappe et des coussins pour déguster le repas de midi : des pâtes tièdes avec des légumes en conserve : maïs, carottes, haricots verts. Avec du sel, du poivre et du harissa, ça arrache bien la gueule. Pour dessert nous recevons une pomme. Tout cela sur un ventre creux, ça fait du bien ...
Nous prenons le temps d'une sieste. Quant à moi, j'écris comme à mon habitude les heures de ma vie qui s'écoulent inexorablement ...

Jip
Si je devais brièvement me décrire avec des mots, je dirais que je suis un rêveur ...
Mais je n'ai pas le temps de rêver bien longtemps : nous repartons en 4x4, sur les pistes du fond de la vallée de Tifoujar, dont les falaises s'ouvrent à nos yeux admiratifs. Les 4x4 remontent péniblement les lacets, au sommet desquels nous découvrons une vue magnifique sur les gorges de Tifoujar ...

En longeant le sommet nous approchons d'un chateau en ruines, restes du décor du film Fort Saganne, tourné sur place en 1982, avec Gérard Depardieu et Sophie Marceau.
A suivre ...
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