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Paris d'amis
par Jip
Assoupi dans un siège du métro, j'entends l'air des amants de Saint-Jean. A l'autre bout de la rame le musicien joue d'un instrument étrange : un violon 4 cordes dont la caisse de résonance de la taille d'un poing est amplifiée par une tuyère de trompette. Le son qui en sort est tout à fait extraordinaire ... !
Vendredi 27 décembre 2002, 8h17
Comme prévu par le planning, Joël et moi décollons de Bruxelles à bord du bus Eurolines à destination de Paris. Sur le trajet, l'appareil plein à craquer est sujet à des turbulences, part sur la gauche, part sur la droite, secoue les passagers. Sur le trajet, nous nous apprêtons à remplacer dans notre vocabulaire les termes septante par soixante-dix, nonante par quatre-vingt-dix, couque par viennoiserie, et autres ajustements transfontaliers qui s'imposent aux Belges pour parler comme les Français. En passant la frontière franco-belge, nous cessons de "brosser" les cours et nous nous mettons à les "sécher" ;-)
Dans le bus la radio branchée sur France Culture nous serine une litanie lancinante ; une voix monocorde nous parle d'un texte mystique insignifiant. Soudain, des passagers hurlent lorsque que le bus lancé à pleine vitesse sur la bretelle d'autoroute manque de percuter un camion. Ouf, on a bien failli y passer !
Arrivés en gare routière Galiéni, nous prenons le métro pour la Gare de Lyon où nous déposons nos bagages à la consigne. Dans cette gigantesque gare il nous aura fallu une demi-heure pour repérer l'endroit des consignes. Une fois déchargés de nos bagages nous sortons de la gare sur le boulevard Diderot, que nous suivons jusqu'à la Seine, à l'embouchure du port de plaisance que nous remontons jusqu'à la Bastille. C'est adorable : le quai Est du port de plaisance est bordé tout le long d'un petit parc ouvert aux piétons. Au sortir du parc nous arrivons place de la Bastille, flanquée de son obélisque, de son opéra, et ... de son Paradis du Fruit. On ira au Paradis du Fruit plus tard.
Dans le quartier Bastille nous déambulons au travers des ruelles à la recherche de notre ami Philippe Boutin. Philippe Boutin est professeur d'informatique à l'Ecole Centrale Paris, et consultant à mi-temps chez Publicis Technology. La secrétaire de Publicis Technology nous a dit qu'il est parti déjeuner. Après avoir fait tous les petits restos du quartier nous décidons de l'attendre dans son bureau. Nous y sommes reçus par notre ami Albert, qui discuter avec nous jusqu'à l'arrivée de Philippe ... qui finit par arriver d'un air radieux. Il a l'air bien portant. Il s'est laissé repousser la moustache. Il est toujours aussi blagueur. Philippe quoi. :-)
Nous prenons congé de nos amis et au sortir du batiment nous en profitons pour acheter de quoi déjeuner : du saumon fumé, du beurre et une baguette Baguépi elle est pétrie dans mon fournil oui oui oui ouiii ! Dans le métro nous dévorons notre petit déjeuner, puis nous embarquons dans une rame à destination des jardins du Luxembourg. Au sortir de la rame bondée, nous nous frayons un chemin à travers la masse de passagers impatients de s'y enfourner à contrecourant. Enfin dégagés de la foule, nous découvrons au milieu du quai vide un petit objet de tissu noir gisant sur le sol. Quel est cet objet non identifié ? Un gant ? Un bonnet ? Oublié par un passager pressé et négligent ? Curieux mais méfiants nous nous approchons de l'objet avec lenteur et nous le poussons du pied pour le retourner. Quelle n'est pas notre surprise de découvrir ... un string noir !!!
Les jardins du Luxembourg sont fermés. Nous en profitons pour détourner notre visite par le Panthéon. Pour les fêtes de Noël le majesteux édifice est flanqué de sapins et de décorations lumineuses. Face au Panthéon la mairie de l'arrondissement et le portail de la faculté de droit sont merveilleusement illuminés. En remontons le long du boulevard nous passons devant la Sorbonne, puis le palais du Luxembourg, dont les grilles sont garnies d'une exposition urbaine sur les paysages de France : magnifiques photos géantes éclairées par des gros projecteurs de lumière .
Vers 19 heures nous arrivons chez notre ami Andras, qui nous emmène dîner ... aux quartiers du Luxembourg ! Nous optons pour un restaurant japonais, où nous dégustons des maki-rolls, des brochettes de viandes, et des brochettes de champignons. En rentrant nous passons par l'hotel de ville : sur la place illuminée est installée une patinoire à glace à ciel ouvert. Mon rêve : chausser les patins et glisser gracieusement sur la glace devant la façade illuminée de l'hotel de ville de Paris. Malheureusement il est trop tard et nous nous contentons de regarder du bord de la patinoire les derniers patineurs de la journée se faire plaisir sur l'air de Titanic. Soupir ... comme j'aimerais être à leur place !!! Tant pis, ce sera pour une prochaine fois : la patinoire revient chaque année. Pour l'heure nous rentrons à Neuilly au studio d'Andras, où nous nous écroulons de sommeil dans les doux bras de Morphée. La nuit je me mets à rêver de patineuses en string noir virevoltant sur la glace devant l'hotel de ville ... :-)

Samedi 28
Au réveil, nous allons à la boulangerie du coin chercher les croissants au beurre pour le petit-déjeuner. Nous découvrons que le studio d'Andras est équipé d'un projecteur de films. Le mur sert d'écran de projection. Nous en profitons pour regarder un DVD : Dune, la mini-série. Excellent !
Nous appelons Nathalie pour concrétiser notre plan Paris à vélo. Malheureusement pour notre plan, Nathalie-ne-veut-pas-pédaler-quand-il-fait-froid. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois. A la place nous irons nous ballader à Montmartre. Rendez-vous place des Abbesses. Métro. Pour sortir du métro Abbesses il faut monter à pieds un escalier en colimaçon interminable ... ouf, nous y voila ! Nous saluons Nathalie et nous fixons notre objectif : visiter le Café des Deux-Moulins, le bar-tabac qui a servi de décor au film Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Après de longues recherches sur l'emplacement exact, étonnamment inconnu des habitants du quartier et des commercants, nous finissons par repérer le bar-tabac tant convoité : au bas de la rue Lepic, non loin de la sortie du métro Blanche. Nous sommes soulagés de l'avoir trouvé mais nous sommes déçu par la réalité qui s'offre à nos yeux : le bar-tabac n'a plus le charme du décor de film ; le voilà enfumé et dépouillé de la plupart des accessoires du tournage. Le seul élément intact est le tabac : aussi beau que dans le film. Derrière le guichet nous saluons Myriam Labbé, la fille des patrons. J'ai l'impression de l'avoir déjà vue quelque part, mais où ? Je réflechis, je réflechis, je réflecis ... mais oui, mais c'est bien sûr : elle a joué dans le film ; dans une scène elle entre dans le bar-tabac pour acheter des cigarettes ; elle demande un paquet de gauloises à la préposée (Isabelle Nanty), qui a des gouttes de colire dans les yeux et ne voit plus rien, "mais où ils sont mes 1 francs ?!" finalement la cliente excédée se casse en disant "laissez tomber ...". C'est elle, c'est Myriam Labbé. C'est elle et elle est sous nos yeux !! On se les frotte justement : une actrice du film dans le décor du film, quelle chance !!!
[Note : trois jours plus tard, nous apprendrons que le café est désormais fermé pour rénovation et transformation, signifiant la fin du tabac. Voilà qui fait de nous des privilégiés témoins dépositaires d'une réalité cinématographiée ... ! Quelle chance !]
Nous projetions initialement de prendre un verre au café des deux-moulins mais la fumée qui y règne nous en dissuade et nous décidons de plutôt prendre un verre dans un café tout proche. Autour de la petite table nous nous lançons tous azimuts dans une interminable discussion parsemée de bonnes blagues hilarantes des uns et des autres. Avant de nous séparer nous prenons le métro pour une courte promenade sur les champs élysées illuminés, sans oublier la visite rituelle au supermarché du parfum Sephora. Joël et moi y allons à chaque passage à Paris, c'est devenu une sorte de pélerinage. Nous découvrons des nouveaux parfums, retrouvons des parfums de femmes que nous avons croisées et qui nous ont plu, deviner les parfums que portent nos amies respectives, etc. C'est très utile de connaître les parfums : je me souviendrai toujours d'une inconnue assise à coté de moi dans un bus public. Je me suis tourné vers elle et je lui ai dit tout de go : "Trésor de Lancôme !" Elle a éclaté de rire et m'a dit "Oui !!!". C'était très drôle.


L'arc de triomphe by night
Après le départ d'Andras, que réclamait une pendaison de crémaillère d'amis à lui, Nathalie nous emmène Joël et moi dans un restaurant chinois à l'autre bout de la ville, porte de Choisy. Nous y dégustons un buffet chinois à volonté, où Joël et moi nous faisons littéralement éclater la panse, à coups de nems au poulet, nems au porc, nems au boeuf, nems végétariens, nems au poisson, raviolis aux crevettes, riz sauté, nouilles, soupe, légumes, et desserts sucrés, en particulier les beignets à la banane, inimitable dessert qui finira par venir à bout de l'estomac extensible de Joël !!
Dimanche 29
Nous nous réveillons dans le studio d'Andras. Nous finissons de regarder le premier DVD de Dune. Nathalie et Andras nous rejoignent pour une partie de Il était une fois ..., jeu de cartes dans lequel les joueurs doivent inventer ensemble une histoire fantastique. Dans notre histoire un cordonnier miséreux apprend le métier de forgeron sur une galère, fond un anneau d'acier contenant de la poudre magique permettant de faire voler bergère et moutons au pied de "l'arbre de l'oiseau qui vole haut", où je m'empare de la déception vengeresse du cordonnier pour le déguiser dans une visite meurtrière à l'autre bout du royaume chez la sorcière dont nul à ce jour ne sait où elle s'est enfuie ... pfiou ! Après deux ou trois parties aussi délirantes que celle-ci, nous partons au musée d'Orsay visiter l'exposition Picasso/Matisse, à l'entrée de laquelle nous découvrons avec stupeur une file de deux heures, obstacle ô combien rhédibitoire devant lequel nous nous détournons pour nous diriger vers une autre activité, que nous avions failli oublier, pourtant le must des must : un cocktail de fruits au Paradis du Fruit. Cocktail Vitamines citron-kiwi pour Joël et cocktail Rose Paradis fraises-bananes. Définitivement incontournable !
Au sortir un vendeur de marron chauds essaie de nous vendre ses marrons à 3 euros. Andras se lance dans un marchandage redoutable : "3 euros, c'est pour les touristes, n'est-ce pas ? ;-)". L'affaire se conclut sur un cornet à deux euros. Les marrons sont délicieux.
Malheureusement arrive le moment de nous séparer : nous prenons congé de notre ami Andras et de sa belle ville, non sans tristesse. Joël Nathalie et moi repartons vers Bruxelles, en sens inverse comme sur un magnéto : gare routière Galiéni, bus Eurolines, 3h45 de trajet, Paris-Mons-Bruxelles-midi, au revoir Joël, métro ligne 2, Arts-Loi, métro ligne 1a, Mérode, au revoir Nathalie, Demey, Pinoy, dodo. Zzzzz ....
Ce week-end à Paris fut formidable. Vivement la prochaine fois !