Voyage en train de Nice à Cannes (5 EUR, pas cher). Cannes est nettement plus tranquille et moins peuplée que Nice. Je compte rester ici quelques jours. Annik, la patronne du Chalit, l'excellente auberge de jeunesse indépendante où je loge (20 EUR par nuit, 04.93.99.22.11), m'accueille et m'envoie visiter les îles de Lérins, oasis de tranquilité vierges de tourisme. Qui peut refuser quoi que ce soit à cette femme à la si ferme autorité ? :-)
Sur l'île de Sainte-Madeleine, la plus grande des deux îles de Lérins, je découvre une flore méditerranéenne préservée. Après une heure de marche, je m'assieds sur la partie la plus déserte de l'île, à l'opposé de la localisation du port. Je rejoue sur mon échiquier portable la revanche d'avec Ueli, partie terminée il y a quelques jours, et je l'analyse tout en profitant de la sublime vue sur la baie de Cannes qui me fait face. Je me sens seul au monde.
Au retour vers le port de l'île, je longe par la mer -- c'est du sport ! -- le château où fut jadis emprisonné le masque de fer. Aujourd'hui cette place est transformée en logements de colonies de vacances pour adolescents, cet âge où il est justement tant question de liberté ! :-)
Fate, it seems, is not without a sense of irony.
Laurence Fishburne as Morpheus in The Matrix
Ce matin, je prévois de louer un quad pour parcourir la côte et l'arrière-pays. Je me rends au magasin de location cannois aimablement renseigné par une mignonne employée d'Eurocar à ma descente à l'aéroport de Nice. Malheureusement, la garantie exigée y est de 750 euros, ce que je n'ai pas sur moi, ni en liquide, ni carte de crédit. Mon plan mute donc en plongée sous-marine.
En attendant, je déjeune et flâne dans le vieux Cannes, charmant à souhait. Assis sur la place de l'hotel de la ville, j'accoste un couple de quarantenaires qui me racontent longuement leur mésaventure. Hypnotisé par leur longue histoire, je me propose de leur prêter 70 euros pour les aider à sortir de ce mauvais pas. Pas de chance, j'apprendrai plus tard qu'il s'agit de deux escrocs professionnels. Et c'est la somme qui me manquera en fin de séjour ... Bien que pas naïf de nature, je me suis fait violemment entuber et j'en garderai deux principes d'airain : prendre 100 % de ma responsabilité, 0 % de celle de l'autre (principe que j'avais déjà à ce moment mais en moins ferme) et ne jamais donner d'argent à des inconnus. Ca va d'ailleurs pas tarder à bien me servir, j'y arrive ... En attendant, je débriefe, je me force à oublier cette sordide histoire d'abus de bonté et je repars profiter de la suite de mes vacances !
A 15 heures, sous un soleil radieux, j'embarque à bord du Sylpa où j'enfile
ma combinaison de plongée sous-marine. Sylpa, c'est le nom du bateau de
Sylvie et Patrick, responsables du club de plongée cannois. Ils sont assistés
par leur amie Isabelle, une vraie européenne : monitrice de plongée
allemande d'origine tchèque habitant à Zurich :-)
Patrick le capitaine arrête le bateau au milieu de la baie de Cannes, non
loin des îles de Lérins, juste au-dessus d'un gros rocher sous-marin baptisé
'la foulée'. Restant à bord, il me prête aimablement son masque de myope
pour descendre avec Yannick, ce qui me permet de voir parfaitement ...
le spectacle magnifique qui s'offre à mes yeux ! Autour du gros rocher
blanc couvert de corail rouge et d'algues vertes, des myriades de petits
poissons de toutes les formes et de toutes les couleurs nagent tranquillement
sur le fond bleu de l'océan. Ma respiration ralentit peu à peu et m'emplit
de sérénité pendant que les poissons se laissent de plus en plus approcher,
et même caresser par moi. Un tout petit mérou traverse un banc de petits
alevins bleu électrique fascinants. Un moment de pur bonheur !
Je pars avec mon matériel de dessin et l'intention de dessiner en toute tranquilité. Je croque les marches du célèbre palais des festivals et des congrès :

© Jip
Tout près, parmi les empreintes de mains des stars, Sharon me montre les siennes, qu'elle a laissées lors de son passage en 1992. J'y vois ses ongles et je ne peux m'empêcher d'avoir un frisson à la conscience de sa féminitité.
Sur le quai Saint-Pierre du vieux port, je croque le bateau Saint-Nicolas Ier, juste à côté du Sylpa. La douce Isabelle, la fidèle amie de Sylvie et Patrick, s'assied à mes côtés et m'enveloppe de sa sereine présence, que je crois obtenue grâce à la pratique régulière de la plongée.

© Jip
Après avoir pris congé d'Isabelle, je traverse la vieille ville de Cannes et ses rues merveilleuses à la recherche d'un modèle. Je m'arrête sur la place de l'hotel de ville où la vue sur la majestueuse butte du Suquet sera mon dernier modèle de la journée :

© Jip
Au soir, au sommet du Suquet, je profite des abords d'un concert de musique jazzy aux senteurs tziganes. Un mélange poignant d'émotions : tristesse, joie, nostalgie, mélancolie, en résonance avec mon lot arc-en-ciel d'humeurs du moment, alors que mes yeux se posent en contrebas sur les myriades multicolores d'étoiles de lumière qui parsèment la vue nocturne de la ville de Cannes illuminée.

© Béatrice Frison
J'ai Michaël et Karin au téléphone, ils sont partants pour passer ensemble une journée en voiture. Michaël est prêt à se porter garant sur sa carte de crédit. Seul titulaire d'un permis de conduire, je prendrai le volant, à travers l'arrière-pays.