
Partant de Moustiers-Sainte-Marie, je suis pris en auto-stop par Laurent, un sympathique et jeune tatu d'escalade qui me propose non seulement de m'emmener à bord de sa voiture à La Palud sur Verdon [http://www.lapaludsurverdon.com/] mais aussi de m'y initier à l'escalade ! L'inconscience qui me caractérise parfois me pousse à accepter et nous rejoignons une de ses amies Béatrice, informaticienne à Sophia-Antipolis et passionnée de photographie, avec qui nous partons sur la route des Crètes, le sanctuaire des grimpeurs européens ... ! Laurent nous amène au secteur dit "des dalles grises", sur une voie d'une vingtaine de mètres de grimpe, ... avec 300 mètres de vide en-dessous ! Waw !!! Béatrice qui a l'habitude de l'escalade descend en rappel et remonte, tandis que Laurent argumente comme il faut pour que j'y descende pareil, et ainsi faire mon baptême d'escalade sur une paroi cotée 5 avec des chaussures de rando (même pas : des chaussures de sécurité !). De la pure folie ! Tout à fait pour moi ! :-) Grosse dose d'adrénaline ne serait-ce que pour la descente en rappel (première fois aussi), puis remontée jusqu'au crux, le point difficile de la voie, où mes chaussures inadaptées me privent des prises de pied. Tout près de la voie, le long de la balustrade d'un view point, une quarantaine de personnes stressent pour moi et retiennent leur souffle tandis que je m'use les muscles des bras et la peau des doigts à me hisser jusqu'à la prochaine prise de pieds. Après un quart d'heure d'efforts pénibles et stériles, un grimpeur italien correctement équipé vient me prêter main forte et me pose une série de mousquetons à un piton, afin que je puisse me hisser petit à petit, de mousqueton en mousqueton, à la force des bras, jusqu'à la prochaine prise de pieds ! Ouf ! :-) Je crois que Laurent se souviendra longtemps de m'avoir assuré ! ;-)
Laurent emmène ensuite magistralement Béatrice dans une grande voie puis nous ramène à La Palud où nous nous empiffrons d'une majestueuse pizza au chorizo ! :-) A une terrasse, je croise les filles manifestement éreintées par plusieurs jours de GR ininterrompus, décidées à tirer tout droit jusque Castellane, en ratant le plus beau du GR, et de terminer leurs vacances en visitant Marseille. Quelle horrible programme, je n'ai aucune envie de me joindre ! :-)
Avant de partir, Laurent me laisse son numéro de portable et une invitation a Aix en Provence, dont je prends bonne note même si je n'ai pas prévu de passer par là. Il m'indique également le plan camping du siècle : chez Jean-Paul, camping une étoile, mais quelle étoile ! Je plante la tente pour 3,80 EUR. Autant dire gratuitement ! J'y fais connaissance avec un trio de jeunes grimpeurs alsaciens déjantés, aperçus cette après-midi aux bords d'une grande voie dans le secteur des Dalles Grises : Cédric, Grégory et Steve. Grosse déconnade sous la sympathique tonnelle du camping.
Au lever, quêtant un peu de crème après-solaire (définitivement un excellent artifice de rencontre :-), je fais la connaissance de François et Elise, un sympathique couple d'étudiants Normands. Steve et moi sommes d'accord : Elise est le sosie incroyable de l'actrice Clotilde Courau !! (Solange dans Elisa, de Becker, avec Gérard Depardieu et Vanessa Paradis)
Aujourd'hui au programme : le célèbre sentier Martel ! Je suis venu presque que pour ça et je trépigne d'impatience d'y randonner !!! Je protège ma cloche au talon par un nouveau pansement et je chausse avec inquiétude mes pompes de rando par dessus. Super ! Aucune douleur. Je pars d'un pas pressé sur les 8 km de route qui mènent au chalet de la Maline, point de départ du sentier situé au sommet des gorges. En descendant les lacets qui mènent au fond des gorges, je croise des randonneurs éreintés, partis au petit matin du Point Sublime, l'extrêmité opposée du sentier. "Courage les gars, c'est la dernière montée !!" En descendant, je dépasse un groupe de beauf' vraiment pas taillés pour la rando. L'un d'eux, un peu isolé du groupe, manifestement sur les rotules après deux heures de plat et de descente me demande avec un sérieux pathétique : "y a-t-il un autre moyen de remonter ? Un taxi qui part du bas, quelque chose ?" Sur le moment, je suis un peu abassourdi, je réponds que non. Après réflexion, je me dis que j'aurais du l'envoyer prendre l'ascenseur ... !! :-D

Au fond des gorges, le Verdon est à son débit minimal. Des familles se baignent malgré les interdictions et les mises en garde de possibles lâchers d'eau. Pendant les mois d'été, j'imagine que ça ne doit pas arriver souvent, tourisme et revenus associés obligent. :-) D'en bas, la vue est magnifique et je m'en mets ... plein la vue !!! Les mots me manquent encore pour décrire ce moment. Je note une similitude avec la morphologie du Grand Canyon du Colorado et les couleurs de la Yosemite Valley. Exemple de passage remarquable : la brèche au milieu du sentier et ce fameux tunnel de 500 mètres entièrement obscur ! A suivre ... !
Surprise : ce jour est mardi, et non mercredi comme je le pensais. Je confonds les jours dans ce coin de paradis intemporel ... Le bus, qui ne passe que le mercredi, sera donc pour demain.
J'emmène François et Elise au lac de Sainte-Croix, où je nous négocie magistralement avec une bande de mafieux locaux la location à l'oeil d'une demi-heure de bateau électrique ! Morceau choisi authentique, je cite : "attends, il faut que je téléphone à Kaïko sur le portable, il est au bord de sa piscine, je vais le déranger. [...] Bon, c'est quoi ce bateau qui revient, aaah, ils ont cassé l'hélice, putain, deux balles dans la tête !" Gros délire que nous nous faisons où nous imaginons notre bateau exploser au milieu du lac après les 30 minutes autorisées !! Nous arrêtons le bateau au milieu du lac, nous taquinons Elise en train d'essayer d'enfiler pudiquement son bikini, nous plongeons, nous essayons de remonter (pas facile !), nous nous éclaboussons, bref nous nous amusons comme des petits fous !!!
Au retour puis à l'aller, nous apprenons à maîtriser l'auto-stop, comme des bêtes, nous améliorant à chaque étape : au début, une demi-heure d'attente pour se faire prendre par une Renault 9 délabrée, à la fin, dix secondes pour se faire prendre par une Volvo V70 climatisée avec sièges en cuir !!! Quel talent ! :-)
Au camping, dégustation de paluarde, une pâtisserie locale à ne pas manquer : une sorte de frangipane à la confiture de cerises et au sucre impalpable, mmmh !!! :-9 Ensuite, festin de circonstance -- comprendre : "avec les restes qui traînent" -- avec nos amis grimpeurs, qui nous emmènent ensuite très gentiment grimper sur une falaise proche, jusqu'au coucher du soleil. Quelle convivialité chez les grimpeurs ! En revanche, en deux grimpettes, je me sens dépité de ne pas vibrer autant que le mérite le somptueux panaroma qui s'offre à nos yeux, tant l'imagerie de la société m'en gave et me blase. "L'imagerie tue le regard" ... J'éprouve le coeur serré un petit moment de grande mélancolie au creux des merveilles de ce monde si généreux ! Comme disait Victor Hugo : "la mélancolie, c'est le bonheur d'être triste" ...
De retour au camp, le mistral se lève et très vite se met à souffler à pleine puissance ! "Un mistral à décorner les boeufs", disent les provençaux. Je propose une adaptation : "un mistral à emmasculer les boeufs" ! Le feu ouvert que nous entretenions jusqu'alors devient incontrôlable. J'éteins dans l'urgence les braises volantes qui menacent de tout enflammer. Cédric et Steve s'allient pour refermer les portillons de l'âtre. Et comme tout un chacun, je me réfugie dans ma tente, qui danse dans tous les sens comme sur un air d'Alizée ! Heureusement, elle est bien plantée et reste fermement accrochée à ses piquets !!
Demain, "c'est la bonne", je prends le bus pour Aix en Provence !!