Le trajet en train, sur une ligne à une voie et sous de nombreux tunnels, est franchement folklorique, surtout lorsque le train siffle à mort avant les tunnels et lorsqu'une courte pluie envahit subitement le wagon avec fracas de vent ! Arrivés sain-et-sauf en gare de Manosque, nous partons pour le camping, jusqu'à un panneau 'auberge de jeunesse' prometteur d'une lit moelleux au prix de la tente à la dure. Beaucoup de marche cependant, à travers la merveilleuse vieille ville fortifiée de Manosque, jusqu'à l'auberge qui affiche malheureusement complet et où j'obtiens du sympathique responsable l'autorisation de pouvoir planter la tente à l'oeil sur un bout de terrain. Et de profiter en plus des excellentes installations sanitaires !
Ma tente est super. Facile à monter. Je l'ai achetée vite fait bien fait avant de partir, sans même l'essayer, 75 EUR chez Lillywhite Bruxelles au City2, un nouveau magasin d'articles de sport très bien organisé, beaucoup de personnel, très compétent, ça me change de chez Disport (hou !) et Go Sport (re-hou !). C'est une tente de rando Coleman auto-portante, deux places, parfait pour moi et mon sac (sac-à-dos 70 litres, acheté 55 EUR au stock américain rue du Midi à Bruxelles).
Après ce premier montage de tente (tout un symbole), promenade dans la vieille ville, resto-dîner de pâtes fraîches, suivi d'une bonne nuit. Puis d'une petite frustration du matin : les filles très matinales partent faire les courses au village et consciemment ne me ramènent pas les croissants que j'ai explicitement demandés, ce qui a pour conséquence de me mettre de mauvaise humeur (j'ai une sainte horreur de ne pas être entendu lorsque je fais l'effort d'être explicite). Qui passe très vite aussitôt la route entamée sur le long GR-4 qui nous tend les bras et sur lequel je maîtrise brillamment le topo. La tendinite de Nathalie ne nous empêche pas d'arriver à Gréoux-les-bains [http://www.greoux-les-bains.com/] après 6 éprouvantes heures de marche. Nous optons pour le camping trois étoiles avec piscine, où je fais la rencontre de Johan et Manu avec qui nous jouons au ballon comme des petits fous. Ensuite bon dîner de pâtes sur camping gaz et gamelle (on fait ce qu'on peut) et soirée karaoké où je lance Albert, un Bruxellois indécis, et Bernard en trio sur l'air de "Belle" de Notre-Dame de Paris. Triomphe après lequel je reçois de nombreuses requêtes pour chanter des duos. J'aurai le temps d'en honorer un avec Albert sur la chanson de Jean-Jacques Goldman "Il suffira d'un signe", applaudi à tout rompre comme il se doit ! Merci, merci, je vous aime tous, merci ! :-) Les filles dans leur trip negative attitude "viens, on va se payer la tronche des chanteurs", probablement frustrées de n'avoir rien d'assez grotesque à se mettre sous la dent, refusent ma requête de prendre une photo souvenir d'Albert et moi, ce que je trouve bien bien loooose ! Ce qui terminera de saper mon envie de les cotoyer plus longtemps : à la moindre proposition de Nathalie de ne plus randonner ensemble, je prends la balle au bond et je décide de continuer seul, ce qui convient nettement mieux à ma brillante et certainement parfois dérangeante individualité (avec une petite pointe d'irrespect machiste avec les filles que je sens désincarnées). Excellente décision prise avant de nous gonfler sérieusement les uns les autres. J'en retiendrai que la fusion des territoires dans ma théorie relationnelle ne peut fonctionner que lorsque les zones (in)conscientes y sont distinctes. Les filles poursuivent la longue et pénible route le long du GR-4 tandis que je leur abandonne le topo pour partir à l'aventure. Et quelle aventure !!!
J'attends la fin de la grosse rincée jusqu'en fin de matinée, faisant le point sous la tente. Deux sentiments contradictoires m'animent : l'abandon et la liberté. Je me dis que je suis venu pour voir les gorges du Verdon et même si je n'ai plus une thune, je suis déterminé à aller jusqu'au bout.
Eh Manu ! Vivre libre, c'est souvent vivre seul.
Ca fait ptêt' mal au bide mais c'est bon pour la gueule !
Renaud dans Manu
Je pars à travers les champs dans l'idée de croiser le GR-4, que je ne suis finalement pas, pour suivre le Colostre, jolie rivière affluente du Verdon, que je remonte jusqu'à la superbe retenue de l'Esparron, lac artificiel turquoise de toute beauté. Au view point, je rencontre Ludo et Ingrid, un charmant couple de Nordistes qui me proposent de m'amener en voiture jusqu'au splendide village d'Esparron-de-Verdon, ce que j'accepte volontiers. J'y ravitaille en eau et après quelque visite, je décide d'accepter leur nouvelle offre de me véhiculer jusqu'au ravissant et tout mignon village de Moustiers-Sainte-Marie, skippant les bleds de Riez et Quinson. Hop, raccourci :-)
Finalement, après quelques regrets d'avoir quitté les filles (et surtout d'être privé de topo :-), je suis heureux d'avoir pris la tangeante ! :-)