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Voici comment je répercute mes valeurs de base "respect et incarnation" dans le langage.
Je l'appelle la règle du "je!/tu?". C'est une règle simple et sensée.
Dans l'idéal de ma conception relationnelle, il n'est d'autre types de phrase employant le je et le tu, seulement des phrases affirmatives au "je" et des phrases interrogatives au "tu". Voila un mode d'expression qui remplit bien le schéma relationnel suivant, typique du massage sensitif :

La plupart des schémas relationnels sociaux suivent ce schéma-ci :

et même celui-ci :

Dès lors, il reste deux territoires à occuper : la relation et les faits qui constituent la réalité objective.
J'estime dès lors qu'il convient d'être prudent dans ces deux domaines car même en suivant la règle de base "je!/tu?", la perception des espaces est soumise à forte subjectivité en fonction des styles sociaux. Difficile de s'entendre, en particulier hors des "cas idéaux" ("même sexes, mêmes types mentaux" et "sexes opposés, types mentaux opposés"). Je pense à l'exemple bien connu : "le verre est-il à moitié vide ou à moitié plein ?". Difficile de s'entendre, n'est-ce pas ?
Un facteur important est la notion de compétence : deux personnes parlent ensemble d'un fait objectif, il est forcément l'une qui s'y connaît mieux que l'autre. Exemple : un entraîneur de football connaît certainement mieux le résultat d'un match passé donné qu'un mécanicien, et vice-versa pour la date de mise en circulation d'un modèle de voiture donné. En dehors de son métier, il est préférable d'employer l'interrogatif. Dans son métier, il est préférable d'employer l'affirmatif. Restent les cas mitigés où aucune des deux personnes n'a de compétences (question laissée en suspens) et celui où les deux personnes ont des compétences équivalentes (accord/désaccord). Dans les deux cas, la question peut-être laissée en suspens.
Enfin, la réalité ne correspond pas toujours à l'idéal. J'entends souvent des phrases comme :
C'est du vécu. Ma réaction à ces types de phrases sont variées. En général, je les ignore. Néanmoins, en fonction de mon humeur et du contexte, je propose parfois de reformuler aux personnes avec qui je souhaite rester en communication. J'essaie autant que possible d'éviter toute interprétation car, même si j'ai une forte sensibilité à autrui (je dirais que "j'ai des antennes"), il m'arrive de me tromper, ce qui nous met mon interlocuteur et moi dans des situations difficiles à décortiquer. Qui plus est, la limite n'est pas toujours facile à placer, ce qui est source de confusion et de conflit (voir conclusion de l'introduction dans [Corn1997]). J'utilise l'interprétation dans des situations où l'utiliser est opportun, comme des urgences où le fond importe plus que la forme.
J'essaie d'être aussi ferme que possible sur ce modèle. Un modèle relationnel sinistre et rigide ? Pas forcément. Je l'ai déjà vu source de joie, par exemple lorsque mon interlocuteur et moi comparons nos interprétations d'une même phrase floue. Et je suis souvent surpris de voir jusqu'où l'imagination peut gambader !!
Une question que je me suis longtemps posée est : s'il est opportun (et naturel) de rejeter des phrases "agressives" comme "tu es méchant", est-il tout aussi opportun d'accepter des phrases "gentilles" comme "tu es gentil" ? Après réflexion, je crois que non. Si la première peut susciter la colère et la seconde la joie, je préfère les rejeter. Non au nom d'un sacro-saint principe psycho-rigide mais plutôt parce que je me désincarnerais de les accepter. Et si la joie est un sentiment mieux accueilli dans notre société que la colère ou même la tristesse et la peur, je ne souhaite pas la ressentir de manière désincarnée, car sans fondement personnel elle est immanquablement passagère. Je vois là un lien clé avec les nombreuses études que j'ai lues sur la dépression : des vagues passagères et inexpliquées de tristesse et de joie, et même de peur irrationnelle (paranoïa). La joie durable est plus difficile à obtenir. Et pour l'obtenir il me semble inévitable de passer par la colère, un sentiment qui a si peu de place dans notre société, et que j'aime tant pouvoir exprimer, car après la colère arrive la joie. D'ailleurs, la médecine traditionnelle chinoise associe les saisons aux émotions : après le printemps (associé à la colère) arrive l'été (associé à la joie). Chez moi, suite à une bonne colère incarnée (affirmée au 'je'), pénible et passagère, arrive une joie incarnée, délicieuse et durable.
Une autre question que je me suis posée : "quel est le sens de ce mode relationnel ?". Je crois que sa raison d'être réside dans la désincarnation et ce qu'elle a de pénible, ce qui représente un cerle vicieux, menant à la dépression, et à l'extrême au suicide. Lorsque je suis désincarné, j'ai du mal à trouver ma conscience d'exister, à la base de ma joie de vivre. Alors, j'essaie de la retrouver par le relationnel avec autrui, j'essaie d'exister à travers les autres. Je pourrais demander "qui suis-je ?", et trouver quelqu'un pour donner une réponse, probablement fausse ou imprécise (comment quelqu'un d'autre pourrait-il savoir mieux que moi qui je suis ?!). Ma sensation d'exister serait alors dépendante de cette personne, et je ne voudrais donc pas la quitter ! Pourquoi tant de couples restent-ils ensemble malgré la mésentente et les souffrances morales subies ? Peut-être pour cette raison. A présent, quid des phrases affirmatives au 'tu' ? Je les vois comme le pendant des phrases interrogatives au 'je'. L'objectif est le même : je me mets au contact de l'autre pour avoir la sensation d'exister. Au lieu de la faire venir à moi, je vais à lui, comme le montrent les illustrations ci-dessous :

je interrogatif : je fais venir l'autre dans moi, sans incarnation

tu affirmatif : je vais dans l'autre, sans respect
[Note personnelle: dans les illustrations, les flèches dépassent les territoires personnels. Il y a donc manque de respect. Si les "flèches" ne dépassaient pas ces territoires, je parlerais de considération plutôt que de respect.]
Au vu de l'analogie, je définirais l'incarnation comme le manque de respect à soi-même. A la base, le manque de considération à soi-même. Et à l'origine, le passé vécu. Mais là, j'entre dans un débat bien plus grand que ce que j'ai envie de dire ...
Expression très illustrative : "être hors de soi". Lorsque je manque de respect, je suis en colère, et j'ai tendance à parler au 'tu' affirmatif, c'est à dire dans l'illustration ci-dessus à sortir de ma case pour envahir celle de l'autre : je dis alors que "je suis hors de moi !" Jolie cohérence n'est-ce pas ? :-)