Entre disputes, ruptures et souffrance silencieuse, quelle place donner à la communication ?

La question du bonheur dans le couple est paradoxalement assez neuve. Jusqu’au XXè siècle, de nombreux couples avaient une fonction de subsistance qui laissait peu de place à l’approfondissement des sentiments et aux expériences de développement personnel. D’après le psychanalyste Guy Corneau, le couple n’a pas tant pour fonction de nous rendre heureux que de stimuler les interactions jusqu’à ce que resurgissent nos fragilités. La mise à jour de ces fragilités peut servir de matériel à une thérapie individuelle, faisant des difficultés relationnelles un outil de croissance et de développement. Si ces difficultés sont trop éprouvantes, la rupture peut permettre de faire une pause … avant de reprendre avec le même partenaire, ou un autre.

Un autre moyen de traverser les difficultés relationnelles sans nécessairement faire appel à la thérapie, consiste à développer un mode de communication qui permet de s’abstraire des projections. En effet, nous prêtons à l’autre des caractéristiques de notre inconscient, par nature refoulées, et dont la réappropriation est indispensable pour être nous-même. Si la thérapie, ou d’autres méthodes ultra-brèves comme la kinésiologie, nous permet de nous reconnecter à ces parties de nous-même, force est de constater que la mise au clair du malentendu, parfois par une simple communication directe et honnête, peut aboutir à des résultats similaires. Dès lors, une bonne communication dans un couple devient en soi un outil de développement personnel, de thérapie et de bien-être.

Comment communiquer ?

Les spécialistes de la psychologie sont formels : les couples qui durent ont pour secret de bien communiquer. Encore faut-il être outillé. Les méthodes de communication sont neuves ; les générations précédentes en étaient dépourvues. De ce fait, ni la famille ni l’école — dont certains se demandent à quoi elle sert, à part produire l’obéissance et la reproduction des normes sociales — ne nous ont appris à communiquer. S’exprimer, se dire, se révéler ; être soi, se découvrir, vivre ses émotions … comment faire ? De nombreuses méthodes privées existent : communication non violente, communication centrée sur les besoins, ressenti/désir/disposition, plaisir/désir, etc. Il y a tant à apprendre, quand tant de besoins de communiquer sont là.

Pour y aider, voici quelques repères :

  • Parler au « je ». Le « tu » tue : toute phrase affirmative qui commence par « tu » nie l’existence de l’autre.
    Exemple :
    Tu ne m’écoutes pas.
    J’ai besoin d’écoute.
  • La carte n’est pas le territoire : nous avons tous une perception de la réalité. Par nature, la réalité est relative et toute perception subjective. Commençons par nous accorder sur une même version de l’histoire, en nous basant sur les faits observables.
    Exemple :
    Tu as fait preuve de violence à mon égard
    Je t’ai vu jeter un objet qui a fait du bruit en heurtant le sol près de moi.
  • Prendre la responsabilité de ses émotions.
    Exemple :
    Tu me détruis.
    Je me sens mal.
  • Chercher en soi la cause de ses émotions.
    Exemple :
    Je me sens mal parce que tu es insensible.
    Je me sens mal car mon besoin de compréhension n’est pas satisfait.
  • Focaliser sur ce qu’on voudrait plutôt que sur ce qui nous déplaît.
    Exemple :
    Lorsque tu me traites de maniaque, je me sens mal.
    Je préférerais que tu m’expliques ce qui t’amène à employer ce mot.
  • Proposer des solutions, faire des demandes, accepter le non comme une opportunité de trouver un meilleur terrain d’entente.
    Exemple :
    Je ne veux plus jamais partir en vacances avec toi.
    Je ne veux plus revivre des vacances pareilles, j’aimerais qu’on parle de ce qui s’est bien et mal passé, et de ce qu’on aurait voulu pour que le séjour nous soit agréable.

Enfin, les psychologues s’accordent à dire qu’un couple sans disputes n’a pas plus d’avenir qu’un autre ; tout dépend comment on les gère. Si elles sont refoulées, elles rendent malade. Une dispute est le signe qu’un besoin n’est pas satisfait. Pourquoi passer à côté d’un signal aussi précieux ? Qui plus est, une dispute n’est pas mauvaise en soi ; elle est le signe qu’il y a de l’attachement. Sinon, pourquoi se disputer ; il suffit de s’enfuir dans la rupture. Le risque d’une dispute réside dans l’escalade de la violence, qu’elle soit physique, verbale ou émotionnelle ; on risque de vouloir faire du mal à l’autre, à la relation, voire à soi. Si ça vous arrive, partez vous promener en solitaire pendant au moins 30 minutes, le temps de faire baisser le taux d’adrénaline. Passées les premières bouffées de colère, l’intention redevient de se sentir entendu et respecté. Attention de ne pas laisser pourrir le sujet, sinon il risque de resurgir de plus belle la fois d’après. Une fois le calme revenu, ne laissez pas cette intention sans acte : revenez sur le sujet de la dispute.

Exprimer sa colère sans violence est la clé de la libération d’une force vitale et d’une détermination qui vient à bout des états dépressifs et des troubles anxieux, apporte l’apaisement, la volonté d’agir et stimule la libido. C’est neuroscientifique !

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